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Je ne suis pas un être humain |
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Koan 1. Le Mu de Joshu |
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Un moine demanda à Joshu : |
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Commentaire de Mumon Pour pratiquer le Zen, vous devez franchir la barrière dressée par les patriarches. Pour connaître le véritable éveil subtil, vous devez vous défaire des façons habituelles de penser. Si vous ne franchissez pas cette barrière et si vous n'arrivez pas à vous défaire des façons habituelles de penser, vous êtes comme un fantôme agrippé aux herbes et aux arbustes. Quelle est donc cette barrière que dressent les patriarches? "Mu", tout simplement. "Mu" est la porte d'entrée du Zen d'où son nom : "La Barrière sans porte de l'école du Zen". Si vous la franchissez, non seulement rencontrerez-vous Joshu face à face mais vous marcherez la main dans la main avec tous les maîtres de la lignée, en communion intime avec eux, voyant tout avec les mêmes yeux et entendant tout avec les mêmes oreilles. Quelle joie! Qui ne voudrait pas franchir cette barrière? Soulevez votre corps tout entier avec ses 360 os et ses 84 000 pores, mobilisez une grande masse de doutes et concentrez-la dans cette question, jour et nuit, sans répit. Ne le prenez pas dans le sens de la vacuité, ni dans le sens relatif du non comme dans "oui ou non", "être ou non-être". C'est comme avaler une boule de fer brûlante; vous voudrez la recracher mais vous ne le pourrez pas. Débarrassez-vous de toutes les connaissances trompeuses et inutiles que vous avez accumulées jusqu'à présent. Après un certain temps, cet effort arrivera naturellement à maturité pour aboutir spontanément à un état d'unité intérieure et extérieure. Vous le saurez, mais seulement pour vous-mêmes, comme une personne muette qui a fait un rêve. Et soudain, tout cédera dans une formidable explosion et vous étonnerez les cieux et ébranlerez la terre. Ce sera comme si vous aviez saisi la grande épée de Kan-u. Si vous rencontrez le Bouddha, vous tuerez le Bouddha; si vous rencontrez les patriarches et les maîtres, vous tuerez les patriarches et les maîtres. Aux limites de la vie et de la mort, vous jouirez de la Grande Liberté. Vous pourrez parcourir les six royaumes de l'existence et les quatre modes de naissance dans un samâdhi de pures délices. Encore une fois, comment se concentrer sur le "Mu"Chaque parcelle d'énergie que vous possédez doit y être consacrée. Si vous vous efforcez sans interruption, le moment viendra où une nouvelle lampe du Dharma sera allumée.
Poème de Mumon Commentaire Pour travailler sur ce koan, nous devons être le moine qui pose la question. Nous devons donc savoir de quel genre de question il s'agit. Est-ce à propos de la doctrine? Le moine veut-il se voir confirmer que le chien a, en effet, la Nature de Bouddha? Le bouddhisme enseigne que tous les êtres sont Bouddha. Le moine est-il préoccupé par le chien ou par les théories bouddhiques qui concernent le chien? Mumon a passé six ans à travailler sur ce koan. Il est allé jusqu'à se frapper la tête contre un pilier dans le zendo (la salle de méditation) afin de se ressaisir lorsqu'il s'endormait ou lorsqu'il était trop distrait. Mumon et des milliers et des milliers d'autres comme lui ont lutté et pleuré pendant des heures en essayant de résoudre ce koan. Il est difficile de croire qu'ils ont fourni de tels efforts uniquement pour vérifier une théorie. Dans un sens, ce koan est un koan tragique qui réveille l'angoisse des questions les plus obsédantes de l'humanité. Y a-t-il une vie après la mort? Ma vie a-t-elle un sens? Suis-je seul dans un monde qui ne se soucie absolument pas de moi? Chacun d'entre nous doit donc être le moine parce qu'au fond de notre coeur, chacun de nous l'est déjà. Nous avons tous ce sentiment de vulnérabilité en face de la maladie, de la vieillesse et de la mort, un sentiment d'insécurité fondamentale qui, bien qu'on puisse l'ensevelir sous le travail, le cacher sous un tas de projets et de buts, ou l'ignorer dans la ruée de l'existence, n'est jamais absent. Dans un sens, toute l'espèce humaine est à la fois bénie et maudite. Nous avons tous faim d'un retour à notre vraie demeure et cette faim, si on en tient compte, peut nous y ramener, mais seulement après avoir traversé le désert de la confusion, du doute et du désarroi; c'est cela la malédiction, car la première chose que l'on rencontre sur le chemin du retour chez-soi, c'est notre propre insécurité. Le Zen n'est pas fait pour une personne incapable de répondre à l'appel, qui n'est pas consciente de son aspiration vers la perfection, d'un désir d'amour inconditionnel, qui n'a pas une conviction de quelque chose, d'une autre façon d'être, d'un bonheur ou d'une paix qui dépasse l'entendement; le Zen n'est pas non plus pour quelqu'un qui n'est pas prêt à payer le prix qu'est la traversée du désert de l'insécurité et de l'angoisse. La plupart du temps, avant de donner ce koan-ci ou l'un des koans préliminaires à étudier à mes élèves, je les encourage à réfléchir pendant un certain temps sur leur question fondamentale, sur ce qu'est la chose la plus importante pour eux. Quelquefois je leur dis : "Imaginez que vous êtes en présence de la personne la plus sage qu'il soit possible au monde, Bouddha, Jésus, même Dieu, et que vous ne puissiez poser qu'une seule question. Quelle serait votre question?" Pour certains la question serait : "Quel est le sens de ma vie?", pour d'autres "Qu'est-ce qu'une bonne vie?", ou encore "Pourquoi doit-on tant souffrir?", ou "Qu'est-ce que la mort et pourquoi dois-je mourir?" Quand j'insiste et que je leur demande si cela est réellement leur question, très souvent ils vont me répondre que non, mais que c'est le plus près de la vraie question qu'ils peuvent aller. Ce que T.S. Eliot appelle "the overwhelming question", la question des questions, ne peut pas véritablement être mise en mots. C'est une douleur teintée d'effroi, une confusion perplexe mêlée à un sentiment d'injustice, un souhait, une aspiration, un "je ne sais quoi". Nous devons voir le moine comme quelqu'un qui erre dans un désert de doute et de confusion. Il apprend qu'il existe quelque part un maître Zen, renommé pour sa sagesse et sa compassion, et il décide de lui rendre visite. Toutes ses peurs et ses désirs remontent à la surface. En tant qu'être humain il est vulnérable, fragile, voué à une mort certaine à une date incertaine, menacé de maladie, et en route vers une vieillesse inexorable. On lui a dit que tous les êtres sont Bouddha, qu'ils sont la réalité entière et complète, mais cela n'a aucune réalité pour lui. Il a un grand besoin d'être rassuré; c'est ce qu'il demande au maître Zen, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose de solide au milieu de cet océan d'insécurité tumultueux. Alors il demande si un chien a la Nature de Bouddha. À cette époque, un chien avait à peu près le statut d'un rat à la nôtre : c'était le plus méprisé des méprisables. La question du moine impliquait le raisonnement suivant : si le chien a la Nature de Bouddha, alors moi aussi je l'ai. Si le chien a la Nature de Bouddha, alors je suis sauvé, je possède une bouée pour me secourir dans la traversée des tempêtes de la vie. Et Joshu dit "Non!" Le koan 29 dans le Hekiganroku est l'équivalent de ce koan-ci. Un moine demande au maître Zen Daizui : "Au moment de la grande conflagration, est-ce que "cela" disparaît aussi?" La cosmologie bouddhique prévoit qu'à la fin d'un éon le monde est détruit dans une grande conflagration, et le moine demande si à ce moment ´cela&or, la Nature de Bouddha ou la vraie nature, est détruite aussi. Le maître dit : "Oui, cela disparaît aussi." Le moine ne sait plus très bien quoi dire et balbutie, espérant encore : "Alors cela disparaît avec tout le reste?" Et le maître, impitoyable, de réaffirmer: "Cela disparaît avec tout le reste." Ici aussi, nous devons imaginer le moine rempli d'angoisse qui pose cette question, ou mieux, nous devons être le moine rempli d'angoisse qui pose cette question. Y a-t-il quelque chose qui survit à la mort? Y a-t-il quelque chose de permanent, d'indestructible? On nous dit que l'être humain est la Nature de Bouddha ou, si vous préférez, un esprit. Au moment de la grande conflagration, au moment de l'Armageddon, la Nature de Bouddha, l'esprit, cela disparaît aussi? Le maître dit oui, cela disparaît aussi, cela est détruit avec tout le reste. La plupart des gens vivent des périodes d'anxiété ou de dépression. Quelques-uns en plus ont goûté, pendant un trop bref instant, à ce que cela signifie vraiment d'être un et complet, et lorsqu'ils sont confrontés à la confusion, aux conflits et aux complexités de la vie, ils éprouvent ce sens de l'irréalité et même de l'absurdité de la condition humaine qui dépasse de beaucoup la seule anxiété. À cause de l'anxiété, de l'irréalité, de l'absurdité, nous avons tous besoin, à ce que l'on dit, de quelque chose ou de quelqu'un sur quoi ou sur qui compter. Avant c'était le prêtre, aujourd'hui c'est le médecin, le psychiatre ou même la personne qui rédige la chronique du coeur. Nous cherchons quelqu'un capable de nous donner du soutien, du secours, une nourriture spirituelle dans ces périodes d'effroi. Le moine voyait Joshu comme une de ces personnes. Joshu avait plus de 80 ans à cette époque et il travaillait sur lui-même depuis l'âge de 18 ans, d'abord sous la direction de Nansen et ensuite, à la mort de ce dernier, au cours d'un pèlerinage qui dura 20 longues années. Il était un des grands maîtres de son temps. Il n'est donc pas surprenant que le moine, rempli d'espoir, se soit tourné vers lui. Mais Joshu a dit "Mu!" Je me souviens d'avoir vécu une situation semblable lorsque j'étais encore un jeune homme. Tourmenté par la peur de la mort et par le sentiment d'une vie dépourvue de sens, j'avais désespérément besoin d'aide. Je me suis donc rendu auprès d'un prêtre qui m'avait été recommandé par notre médecin de famille. Après avoir écouté le récit de mes peurs et de mes aspirations, le prêtre me conseilla ceci : "Jeune homme, vous cherchez l'impossible. Je vous conseille de vous occuper de votre femme et de votre famille et d'oublier tout cela. Achetez-vous un appareil de télévision et cessez de vous préoccuper de choses qu'aucun être humain ne peut comprendre. Laissez cela aux saints."J'étais démoli. Joshu était-il aussi perdu que ce prêtre? C'est ici que se trouve le noeud du koan, sa contradiction. La pratique du Zen est la pratique de la sagesse et de la compassion. Avec la sagesse vient la souplesse, la sensibilité, la justesse de la réponse à une situation. Avec la compassion vient le besoin et la capacité de partager la souffrance des autres, l'ardent souhait de trouver un moyen pour les soulager de leur fardeau. De plus, le bouddhisme enseigne que tous les êtres sont Bouddha. Tenant compte de ces raisons, pourquoi donc un homme sage et compatissant comme Joshu, un homme, de plus, versé dans la doctrine bouddhique, pourquoi donc un tel homme a-t-il dit : "Non!" Répondre de cette façon, c'est comme arracher une miette de pain des mains d'un homme qui meurt de faim. Comme un aveugle, le moine avance à tâtons au bord d'un précipice d'insécurité et Joshu le fait tourner sur lui-même et le jette au sol après l'avoir dépouillé de son dernier appui. Pourquoi Joshu fait-il cela? Pourquoi un homme sage, compatissant et bien informé enlève-t-il son dernier espoir à un moine en détresse? La même question se pose à propos de Daizui. D'après la doctrine bouddhique, et Daizui le savait très certainement, "cela" ne peut pas être détruit, même dans la grande conflagration. De plus, dans le poème qui accompagne ce koan, Setcho écrit : Que la question du moine soit posée à partir "du coeur du feu du kalpa" signifie qu'il brûlait dans les feux du purgatoire. D'où sa question : "Y a-t-il quelque chose au-dessus, au-delà, hors de cette terrible anxiété, quelque chose qui ne peut pas être brûlé dans les feux du purgatoire?" Pourquoi Daizui ne l'a-t-il pas apaisé, pourquoi ne lui a-t-il pas donné un baume? Mumon indique la direction quand, dans son commentaire, il conseille de se défaire des façons habituelles de penser, sinon dit-il, "vous serez comme un fantôme agrippé aux herbes et aux arbustes". Un fantôme est dépourvu de substance, les herbes et les arbustes sont les phrases et les croyances usées. Les croyances en Dieu, en Bouddha, à une vie après la mort, au paradis ou à la Terre Pure aussi bien que les croyances en rien, à l'annihilation, au néant après la mort, ne sont rien d'autres que cela, des croyances. La croyance que nous avons besoin de quelque chose à quoi nous raccrocher quand ça commence à mal tourner est elle-même une croyance et elle est fausse. La croyance que nous pouvons faire fi de ces questions et simplement continuer à vivre comme si de rien n'était est aussi fausse. C'est précisément parce que nous nous agrippons à quelque chose, même si ce quelque chose est une négation, que ça commence à mal tourner. En s'agrippant aux herbes, en érigeant des idoles avec des mots et des phrases, nous nous détournons de notre vraie nature qui ne dépend ni d'une affirmation, ni d'une croyance, ni de la bénédiction d'aucun prêtre ou maître. C'est pourquoi Mumon dit qu'après avoir pénétré votre vraie nature, "si vous rencontrez le Bouddha, vous tuerez le Bouddha; si vous rencontrez les patriarches et les maîtres, vous tuerez les patriarches et les maîtres". Tuer, c'est se purger l'esprit de Bouddha, de Jésus, des sauveurs de tout acabit. Mumon continue en disant : "Aux limites de la vie et de la mort, vous jouirez de la Grande Liberté." Là où auparavant brûlait une grande anxiété, tout maintenant est en paix. Mu est l'entrée principale du Zen, l'entrée royale et pourtant, comme le dit Mumon, c'est la barrière des patriarches. Notre pensée consciente tourne tout à l'envers. Elle transforme une liberté sans entraves en désert de glaces; au lieu de l'immuabilité, elle crée une grande agitation; là où chacun de nous est la réalité elle-même, elle confère cette réalité à des illusions et fait de nous des fantômes agrippés aux herbes. La conscience est une scène sur laquelle se déroule le drame de la vie et de la mort, mais c'est aussi une barrière qui bloque la vérité. Mais nous pouvons franchir cette barrière, nous pouvons passer à travers le mur du mental. Il ne faut pas se laisser décourager par les avis d'entrée interdite, les "défense d'entrer sous peine de poursuite" qui encombrent l'esprit. Et lorsque nous passons au travers, nous sommes un avec l'intelligence qui est Bouddha, Joshu, les patriarches et la longue lignée des maîtres. Cela signifie aussi que nous sommes un avec l'intelligence qui est ce pauvre chien misérable, errant furtivement, crotté, dévoré par les puces et perdu. Mais pour en arriver là nous devons travailler de tout notre coeur et de toute notre âme. Ainsi que le dit Mumon, nous devons travailler avec le corps tout entier, "avec ses 360 os et ses 84 000 pores&or. Nous devons "mobiliser une grande masse de doutes et la concentrer dans cette question, jour et nuit, sans répit; se questionner jour et nuit.&or Nous le faisons de toute façon. Nous nous questionnons toujours de cette façon. Nous sommes toujours remplis de doutes, une grande masse de doutes. Nous appelons cela stress ou confusion ou inquiétude mais, fondamentalement, nous sommes toujours face à face avec cette question bouleversante. Le problème est que nous tentons de répondre à cette question de la mauvaise façon. Nous regardons du côté du succès, de l'amour, des possessions, du savoir ou de la bonté pour résoudre notre insécurité. Nous regardons à l'extérieur de nous-mêmes. Nous cherchons quelque chose. Chacun des désirs que nous avons est un désir d'unité, d'intégrité. Le problème est que nous essayons de fixer l'unité, d'en faire quelque chose et nous souffrons la frustration de l'échec. Hakuin, dans son célèbre Chant du zazen, écrit : "Mais si trouvant la source nous prouvons notre vraie nature / Le vrai soi est non-soi, le soi propre non-soi." C'est cela voir dans Mu, voir notre visage originel avant que nos parents soient nés. Le vrai soi est non-soi. Voir ceci, c'est franchir la barrière des patriarches. Basho écrit dans un haïku : Quand on travaille sur Mu, on doit se demander qui est ce "personne&or, qui est ce non-soi. Mais il faut tenir compte de l'avertissement de Mumon : "Ne le prenez pas dans le sens de la vacuité, ni dans le sens relatif du non comme dans "oui ou non", "être ou non-être". Ce n'est pas une négation. "C'est comme avaler une boule de fer brûlante; vous voudrez la recracher mais vous ne le pourrez pas." Hakuin dit quelque chose de semblable quand il décrit cela comme un rat pris dans un tube de bambou qui ne peut ni avancer ni reculer ni rester là. Maudit quoi que l'on fasse, éternellement piégé dans la double contrainte fondamentale. On fait le tour de nos stratégies et de nos tactiques habituelles. On essaie de tricher et de séduire; on se fâche et on s'apitoie. On essaie d'utiliser la logique, la raison, on lit les Écritures, on participe à des séminaires. On se fait du mauvais sang, on s'enrage. Mais, comme le dit Mumon, nous devons en arriver à nous débarrasser de toutes les connaissances trompeuses et inutiles accumulées jusqu'à présent. Alors après quelque temps, cet effort arrivera naturellement à maturité pour aboutir spontanément à un état d'unité intérieure et extérieure. Ceux qui n'ont pas l'expérience de la pratique des koans ne peuvent pas comprendre cet effort. Ils croient que l'effort est accompli dans le but d'atteindre quelque chose. C'est le cas bien entendu au début de la pratique. Atteindre quelque chose, être quelque chose, connaître quelque chose, sont les principales stratégies que nous utilisons quand nous faisons face à la double contrainte fondamentale. Mais c'est seulement au début. Quand enfin nous avons épuisé toutes les ressources de notre être et nous sommes débarrassés de toutes les connaissances trompeuses et inutiles, alors l'effort devient très différent. Cela devient beaucoup plus comme un ardent désir de faire un avec une personne aimée, un désir qui finalement devient son propre accomplissement. "Et soudain, écrit Mumon, tout cédera dans une formidable explosion et vous étonnerez les cieux et ébranlerez la terre". Comment décrire une telle explosion? Quelle joie, quel soulagement! Pour goûter un peu à ce que cela peut être, essayez d'imaginer ceci. Supposez que vous partez en voyage, un voyage que vous préparez depuis un an. L'excitation du départ vous a empêché de dormir la veille. Maintenant vous êtes prêt, les valises sont faites, vous attendez le taxi. Et voilà que quelqu'un vous demande : "Tu as les billets?" Les billets! Où sont les billets? Ils ne sont pas dans votre sac à main. Ils ne sont pas dans vos poches. Où sont les billets? Vous vous précipitez dans votre chambre, peut-être les avez-vous laissés sur la table de chevet? Non, ils ne sont pas là. Le chauffeur de taxi klaxonne. Mais où sont ces billets? Ils doivent être dans le salon. Vous courez dans le salon; ils ne sont pas là. Mais qu'avez-vous donc fait de ces foutus billets? Le chauffeur s'impatiente. Vous pourriez pleurer de désespoir. Vous allez être en retard. Peut-être qu'ils ne vous laisseront pas monter dans l'avion sans votre billet. Panique! Vous refaites le même circuit : la chambre, non, le salon, non plus; le sac à main, les poches. Le chauffeur de taxi s'amène : " Êtes-vous prêt?" Vous détestez le chauffeur de taxi. "Je ne trouve pas mes billets. Je les ai perdus. Oh! Qu'est-ce que je vais faire?" D'une seule enjambée, le chauffeur s'approche de la petite table et s'empare du livre que vous aviez l'intention d'amener avec vous dans l'avion. Il en retire une enveloppe. "C'est ça que vous cherchez?" C'est formidable! Les billets, les merveilleux petits billets! Quel homme extraordinaire ce chauffeur de taxi, comme le monde est magnifique, quel moment merveilleux! Dans ce moment de découverte explosive, le monde est viré à l'envers. Quelle joie, quel soulagement! Mais les billets n'ont jamais été perdus! Ils ont toujours été là, attendant patiemment que vous cessiez de courir partout et que vous regardiez dans le livre. |
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